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    MiCA au 1er juillet 2026 : ce qui a vraiment changé pour les entreprises qui utilisent la crypto

    Le 1er juillet 2026 a marqué la fin de la période transitoire du règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets). Trois semaines plus tard, le paysage crypto français et européen a bel et bien changé de visage — mais l’angle grand public a occulté un pan essentiel : les entreprises qui utilisent les crypto-actifs dans leur activité doivent désormais composer avec une liste d’acteurs autorisés drastiquement réduite, un choix de stablecoins recomposé et une nouvelle grammaire réglementaire.

    Pour les directions financières, les équipes trésorerie et les services achats qui avaient commencé à intégrer les stablecoins dans leurs flux, la question n’est plus « faut-il y aller ? » mais « avec quels partenaires reste-t-il légal de travailler ? ».

    Un basculement PSAN vers CASP qui divise le marché par cinq

    Avant l’entrée en application pleine de MiCA, la France comptait plus d’une centaine de PSAN (prestataires de services sur actifs numériques) enregistrés auprès de l’Autorité des marchés financiers. Selon le décompte publié par MoneyVox le 22 juin 2026, seuls 21 établissements sont agréés par l’AMF au titre du nouveau statut CASP (Crypto-Asset Service Provider), et la projection se stabilise autour d’une petite trentaine d’acteurs régulés à moyen terme sur le territoire national.

    À l’échelle européenne, l’ampleur du tri est comparable. Les données remontées par info.fr le 17 juillet évoquent environ 210 CASP autorisés dans l’Union européenne sur les 1 200 plateformes qui opéraient dans le régime antérieur — une contraction qui redistribue mécaniquement les parts de marché vers les acteurs qui ont anticipé leur dossier.

    Pour les entreprises utilisatrices, l’implication est immédiate : tout partenaire qui n’a pas obtenu son agrément CASP au 1er juillet 2026 ne peut plus fournir légalement de services d’échange, de conservation ou de conseil sur crypto-actifs à une entreprise européenne. Vérifier le statut du prestataire dans le registre public de l’ESMA devient un prérequis contractuel, au même titre qu’un extrait Kbis.

    Le portefeuille de stablecoins recomposé : USDT sort, l’euro numérique s’installe

    Le tournant le plus concret pour les DAF concerne la palette de stablecoins acceptés en Europe. Tether — l’émetteur du USDT, jusqu’ici dominant à l’échelle mondiale — n’a pas déposé de dossier MiCA et a été délisté par les grandes plateformes européennes, à commencer par Coinbase Europe dès la fin 2024.

    À l’inverse, plusieurs stablecoins ont franchi le filtre européen :

    • USDC et EURC, émis par Circle, désormais opérés depuis l’Union européenne avec un agrément conforme au régime des jetons de monnaie électronique (EMT) ;
    • EURCV, le stablecoin euro adossé à Société Générale-FORGE, positionné sur les usages institutionnels ;
    • Un ensemble de stablecoins libellés en euros compliants, ouvrant la voie à des paiements et à des règlements domestiques plus fluides pour les entreprises.

    Pour une PME qui règle des fournisseurs à l’international en stablecoins, la conséquence pratique est simple : il faut migrer les flux ouverts en USDT vers un stablecoin autorisé avant que les rails européens ne se ferment complètement, sans quoi les positions résiduelles se retrouvent inaccessibles sur les plateformes régulées.

    Ce qui change pour les entreprises françaises

    Trois effets concrets se dessinent pour les entreprises :

    • Sécurisation juridique renforcée : un cadre unifié à l’échelle des 27 États membres permet aux services juridiques de traiter les crypto-actifs comme n’importe quel autre actif financier réglementé, avec des règles communes sur la conservation, les conflits d’intérêts et la publicité.
    • Choix de partenaires réduit mais lisible : la liste d’acteurs autorisés est courte, ce qui simplifie la sélection d’un prestataire d’échange, de conservation ou de conseil, mais concentre le risque de contrepartie.
    • Interopérabilité paiements et tokenisation : les stablecoins agréés ouvrent la voie à des cas d’usage entreprise (règlements fournisseurs, tokenisation de créances, programmes de fidélité) enfin défendables devant un commissaire aux comptes.

    Le marché reste en revanche marqué par une fuite vers l’auto-hébergement : selon les données publiées par info.fr, une part significative des fonds retirés par les particuliers a migré vers des portefeuilles auto-hébergés, hors du périmètre régulé. Ce signal doit rester à l’esprit des entreprises qui construisent des offres crypto BtoC : l’utilisateur final européen est désormais habitué à passer sous le radar des plateformes.

    Les plateformes qui restent — et celles qui disparaissent

    Parmi les acteurs internationaux qui ont sécurisé leur agrément dans les temps, on retrouve Kraken, Coinbase et Relai — cette dernière ayant obtenu son agrément AMF en France. Coinbase et Ripple se sont pour leur part positionnés au Luxembourg. À l’inverse, Binance, la première plateforme mondiale par les volumes, n’a toujours pas obtenu l’agrément CASP requis et se retrouve dans l’incapacité d’exercer légalement en Europe dans les conditions antérieures.

    Pour les entreprises, le message est double : les partenaires historiques ne sont pas tous restés dans le jeu, et la géographie des sièges européens des plateformes (Paris, Luxembourg, Dublin, Amsterdam) reconfigure les points de contact réglementaires.

    Vous pouvez suivre l’évolution de ce dossier réglementaire dans notre rubrique Économie – Finance, ainsi que les répercussions à l’échelle européenne côté International. Nos analyses des usages business des technologies numériques restent regroupées dans High Tech – Numérique.

    Questions fréquentes

    Une entreprise française peut-elle encore détenir des USDT en 2026 ?

    Détenir des USDT reste techniquement possible, mais les principales plateformes européennes régulées ont supprimé les paires de trading en USDT, ce qui rend leur liquidation ou leur conversion plus complexe depuis un compte européen. Un basculement anticipé vers un stablecoin agréé MiCA (USDC, EURC, EURCV) limite le risque opérationnel.

    Comment vérifier qu’un prestataire crypto est bien agréé CASP ?

    Le régulateur européen (ESMA) publie et met à jour un registre public des CASP autorisés. En France, la liste des acteurs agréés est également accessible via l’Autorité des marchés financiers. Cette vérification doit précéder toute contractualisation, au même titre que le contrôle du numéro d’immatriculation d’un fournisseur classique.

    MiCA remplace-t-il complètement le statut PSAN ?

    Le statut PSAN, issu de la loi PACTE de 2019, est appelé à disparaître au profit du statut CASP MiCA. Les PSAN qui ont migré à temps continuent d’exercer sous le nouveau régime ; les autres devaient avoir cessé leur activité au 1er juillet 2026 pour se conformer à la fin de la période transitoire.

    Sources