Longtemps organisées autour de chaînes de production éclatées sur plusieurs continents, les entreprises revoient aujourd’hui leur copie. Le nearshoring — le rapprochement géographique des sites de production — s’impose comme une tendance de fond, portée par les tensions commerciales, les impératifs climatiques et la recherche de résilience. Les Échos relevaient récemment que la mondialisation des chaînes de valeur continue de s’intensifier, mais sous une forme différente : davantage d’allers-retours entre usines, mais sur des distances plus courtes.
Une mondialisation qui se réorganise plus qu’elle ne recule
Selon les données de l’OCDE sur le commerce en valeur ajoutée (TiVA), les changements agrégés dans la participation aux chaînes de valeur mondiales sont restés limités en 2023-2024, ce qui traduit un rythme de déglobalisation plus lent qu’entre 2020 et 2022, période marquée par la pandémie et les premières tensions commerciales majeures. L’Organisation mondiale du commerce souligne de son côté que le commerce mondial entre 2026 sous une pression croissante : ralentissement de la croissance, fragmentation géopolitique, contrôles à l’exportation renforcés et réglementations nationales plus strictes.
La production des composants les plus stratégiques — semi-conducteurs, batteries, terres rares transformées — reste concentrée dans un nombre restreint de pôles : États-Unis, Chine, Taïwan, Corée du Sud, Japon et Pays-Bas. Cette concentration accentue la dépendance des entreprises européennes à quelques fournisseurs clés, un point de vigilance régulièrement cité par les économistes.
Le nearshoring, stratégie privilégiée des entreprises européennes
Face à ces vulnérabilités, une majorité d’entreprises européennes déclarent privilégier le nearshoring plutôt qu’une relocalisation complète : rapprocher certains maillons de la chaîne de production de leurs marchés de consommation, sans pour autant renoncer à une présence internationale. Cette stratégie répond à plusieurs objectifs concrets :
- Réduire les délais et les coûts de transport, notamment face à la volatilité du fret maritime
- Limiter l’exposition aux tarifs douaniers et aux mesures commerciales unilatérales
- Mieux anticiper les aléas climatiques (sécheresses, inondations, vagues de chaleur) qui perturbent les infrastructures logistiques éloignées
- Renforcer la traçabilité et la conformité réglementaire, notamment environnementale
Pour les PME et ETI françaises, ce mouvement se traduit souvent par une diversification des fournisseurs plutôt qu’un rapatriement total de la production, jugé coûteux et complexe à court terme. Notre rubrique Économie – Finance propose d’autres analyses sur les mutations économiques en cours.
Des arbitrages encore délicats pour les entreprises
Ce repositionnement n’est pas sans coût : la relocalisation, même partielle, implique des investissements industriels, une montée en compétences locale et parfois une hausse du prix de revient. Les entreprises doivent arbitrer entre résilience et compétitivité, dans un contexte où les marges restent sous pression. Les enjeux climatiques renforcent également la nécessité d’anticiper : plusieurs chaînes de valeur ont déjà été fragilisées par des événements extrêmes touchant des sites de production ou des infrastructures de transport clés. Sur ce sujet, voir aussi notre rubrique Écologie – Climat, ainsi que Entreprise – Société pour le suivi des stratégies d’entreprises.
Questions fréquentes
Nearshoring et relocalisation, est-ce la même chose ?
Non. La relocalisation rapatrie la production dans le pays d’origine, tandis que le nearshoring consiste à la rapprocher géographiquement des marchés de consommation, souvent dans un pays voisin, sans abandonner toute présence internationale.
Pourquoi les chaînes de valeur mondiales ne se sont-elles pas effondrées ?
Selon l’OCDE, les changements agrégés dans la participation aux chaînes de valeur mondiales sont restés limités en 2023-2024 : les entreprises ajustent leurs approvisionnements plutôt que de les démanteler entièrement, faute d’alternatives immédiatement compétitives.
Quels secteurs sont les plus concernés par ce repositionnement ?
Les secteurs dépendant de composants stratégiques (électronique, batteries, semi-conducteurs) sont particulièrement exposés à la concentration géographique de la production et donc aux stratégies de diversification ou de rapprochement.
Sources
OCDE — Repositionnement au sein des chaînes de valeur mondiales
OMC — Chaînes de valeur mondiales
CNUCED — Mise à jour sur le commerce mondial, janvier 2026